Le jeune marquis, à dix-sept ans seulement - en 1774 - porte encore dans ses traits cette innocence que l’on retrouve dans les portraits d’avant sa traversée de l’Amérique : il n’a pas encore rejoint l'Amérique, mais son imaginaire est déjà tendu vers cette liberté lointaine dont il se veut le messager.
À l’autre bout de la chaîne des âges, un officier expérimenté, formé dans l’armée du roi depuis ses treize ans, il avait déjà, dès 1768, laissé l’empreinte de ses pas sur les terres du Nouveau Monde — non pas en conquérant, mais en observateur solennel, envoyé sonder les colonies anglaises au moment où l’insubordination commençait à frémir.
L’un regarde vers l’avenir, l’autre sait déjà le poids de l’Histoire. Deux générations, deux regards, une même intuition naissante : l’âme du monde se joue désormais là-bas, au-delà de l’océan, là où l’Europe croit encore n’apercevoir que des colonies — mais où l’esprit d’indépendance commence déjà à dresser son profil.
Le Baron Jean de Kalb,
major général de l'armée des Etats-Unis.
Le Baron Jean de Kalb (centre) présentant le Marquis de Lafayette (à gauche) au diplomate américain Silas Deane
à Paris, le 7 novembre 1776.
Le 1er Décembre 1776, Deane signa un contrat avec le Baron, et lui accorda le grade de Général Major dans l'armée de terre.
Le 7 Décembre 1776, grâce aux efforts du Baron de Kalb, Lafayette se vit accorder le grade de Général Major dans l'armée de terre. Deane exécuta ce contrat de la même manière.
A la suite de la signature de ces contrats, Deane écrivit au Congrès et indiqua qu'il avait engagé le Baron et Lafayette tout en reconnaissant qu'il n'était pas spécifiquement investi du pouvoir de recruter des officiers.
Deane décrivit le Baron comme l'un des officiers les plus braves et les plus expérimentés de France.
Le Baron, Lafayette, et une douzaine d'autres militaires français, gentilshommes de noble naissance, munis de contrats jusqu’au rang de colonel, quittèrent la France sur le vaisseau "La Victoire''.
L'arrivée de Lafayette et Kalb au camp de Washington.
WASHINGTON, NOUS VOILA !
Baron de Kalb, son cheval tué sous lui
à la bataille de Camden le 16 août 1780,
continua à se battre jusqu'à épuisement.
Absent de cette tragédie, La Fayette apprit avec émotion la perte de celui qui avait guidé ses premiers pas dans la lutte pour l’indépendance américaine.
Death Baron de Kalb at the Battle of Camden, South Carolina, 16 August 1780
Baron de Kalb atteint par de multiples
coups de bayonnette à la bataille de Camden
Le fidèle Chevalier Dubuisson,
aide de camp du Baron de Kalb,
apporte son secours.
Lors de la mort de de Kalb à Camden, La Fayette était en France, en mission diplomatique et militaire, et ne reviendra aux États-Unis qu’en 1780, quelques mois après la bataille.
Extrait du livre "Notre espion en Amérique"
chez Grasset d'Arnaud Delalande,
Histoire romancée
"Voilà, voilà comment on meurt chez les Kalb"
Le baron Johann de Kalb (Jean de Kalb), est l’une des figures militaires étrangères les plus respectées de la guerre d’indépendance des États-Unis. Contrairement à Lafayette, ses faits d’armes sont essentiellement militaires et culminent dans un engagement majeur où il trouve la mort.
Le rôle de de Kalb avant l’alliance officielle (avant 1778)
Missions de renseignement et de contact (1768–1776)
Bien avant la guerre ouverte, le baron de Kalb est employé par le gouvernement français comme agent de renseignement officieux.
Dès les années 1760, puis surtout au début des troubles coloniaux (1768–1775), il effectue plusieurs séjours en Amérique du Nord.
Sa mission consiste à :
observer l’état d’esprit des colonies britanniques,
évaluer leur capacité militaire et politique à se soulever,
établir des contacts discrets avec des leaders coloniaux.
Rôle en 1776–1777
En 1776, de Kalb est envoyé en Amérique pour évaluer la viabilité d’un soutien français aux insurgés.
Il agit comme émissaire officieux, dans un contexte où la France ne peut pas encore intervenir ouvertement contre la Grande-Bretagne.
Il contribue à convaincre Versailles que l’insurrection a un potentiel sérieux, mais il ne négocie pas de traité et ne dispose d’aucun pouvoir diplomatique formel.
Bilan
De Kalb agit en amont, dans l’ombre, comme observateur et rapporteur.
Engagement dans l’armée continentale
De Kalb arrive en Amérique en 1777 avec Lafayette.
Il est nommé major général de l’armée continentale grâce à sa solide expérience acquise dans les armées européennes (notamment pendant la guerre de Sept Ans).
Campagnes du Nord (1777-1778)
Il sert sous les ordres de George Washington dans les premières années du conflit.
Il participe aux manœuvres et à la réorganisation de l’armée continentale, apportant discipline, méthode et expérience professionnelle.
Il prend part aux opérations autour de Philadelphie et durant l’hiver difficile de Valley Forge, sans bataille décisive à son actif mais avec un rôle structurant.
Campagne du Sud (1780)
Le principal fait d’armes de de Kalb se situe dans le Sud des colonies.
En 1780, il est envoyé avec le général Horatio Gates pour faire face à l’offensive britannique en Caroline du Sud.
À la bataille de Camden (16 août 1780), de Kalb commande les troupes continentales du centre et de l’aile droite.
Bataille de Camden : héroïsme et mort (1780)
Lorsque la milice américaine s’effondre face à l’attaque britannique, les troupes de de Kalb résistent avec acharnement.
De Kalb est mortellement blessé après avoir reçu de multiples coups de sabre et balles en tentant de rallier ses hommes.
Il meurt quelques jours plus tard, devenant un symbole de courage et de sacrifice pour la cause américaine.
Reconnaissance et héritage
George Washington et le Congrès continental saluent officiellement son héroïsme.
Il est enterré avec les honneurs militaires.
De Kalb est considéré comme l’un des officiers étrangers ayant montré la plus grande loyauté et abnégation, sans ambition politique personnelle.
Bilan
Les faits d’armes de de Kalb ne reposent pas sur une série de victoires, mais sur :
son rôle professionnel dans la formation de l’armée continentale,
son commandement courageux à Camden,
et sa mort au combat, qui a marqué les esprits.
À ce titre, de Kalb incarne l’officier européen expérimenté qui a payé de sa vie son engagement pour l’indépendance américaine.
Le marquis de Lafayette (Gilbert du Motier de La Fayette) a joué un rôle militaire et politique important dans la guerre d’indépendance des États-Unis, même si son influence tient davantage à sa constance, son rôle de liaison et son prestige qu’à des victoires tactiques majeures remportées seul.
Engagement précoce (1777)
Lafayette arrive en Amérique en 1777, à seulement 19 ans, et se met volontairement au service du Congrès continental.
Il est nommé major général sans solde, signe de la confiance politique placée en lui plutôt que d’un commandement autonome immédiat.
Baptême du feu : bataille de Brandywine (1777)
Lors de la bataille de Brandywine (11 septembre 1777), il se distingue par son sang-froid en couvrant la retraite américaine malgré une blessure à la jambe.
Cet épisode établit sa réputation de courage auprès de George Washington, avec qui il noue une relation de confiance durable.
Commandement et actions militaires
Hiver à Valley Forge (1777-1778) : Lafayette soutient Washington dans une période critique, contribuant à maintenir la cohésion de l’armée continentale.
Bataille de Barren Hill (1778) : il évite l’encerclement par une manœuvre habile face à des forces britanniques supérieures, démontrant ses qualités tactiques.
Bataille de Monmouth (1778) : il participe activement à l’un des combats majeurs de la guerre dans le Nord.
Rôle stratégique et diplomatique
En 1779, Lafayette retourne en France pour plaider la cause américaine.
Il joue un rôle clé dans l’obtention d’un soutien militaire français accru, notamment l’envoi du corps expéditionnaire de Rochambeau et le renforcement de la flotte française.
Campagne de Virginie (1781)
En 1781, Lafayette commande des forces américaines en Virginie face aux troupes britanniques de Cornwallis.
Par une stratégie d’éviteme nt et de harcèlement, il empêche Cornwallis de consolider sa position jusqu’à l’arrivée des forces franco-américaines.
Il contribue directement à la coordination du siège de Yorktown, qui aboutit à la capitulation britannique.
Bilan
Lafayette n’est pas un grand chef de guerre au sens classique, mais un officier fiable, courageux et politiquement essentiel.
Son rôle de trait d’union entre la France et les États-Unis, sa loyauté envers Washington et son action en Virginie font de lui un acteur clé de la victoire américaine.
En résumé, les faits d’armes de Lafayette sont moins spectaculaires individuellement que stratégiquement déterminants, car ils s’inscrivent dans la durée et la coopération franco-américaine.
J'avais lu un document au terme duquel l'auteur laissait entendre que le jeune marquis avait en quelque sorte "fui la France" à la suite de quelques actions discutables. En fait, je ne retrouve pas le document en question et je n'ai pas retenu le nom de l'auteur.
Après relecture de l'ouvrage de A E Zucker, je pense qu'il y a peut-être confusion entre un dérapage du très jeune ( 19 ans ) La Fayette pendant qu'il est en garnison à Metz au régiment de Noailles - peut-être une dette de jeu non honorée- et le fait que l'engagement du dit à se battre contre les Anglais est en contradiction avec l'engagement du roi de France envers les Anglais de rester neutre dans ce conflit.
Zucker évoque ce dérapage sans donner la moindre précision sur sa nature. Dans le même temps, il relate la confusion de la situation;
- l'engagement ferme de Louis XVI auprès des Anglais de ne pas prendre parti dans la guerre entre les colonies anglaises d'Amérique et Londres.
- la position du beau-père de La Fayette, qui agit comme son tuteur et entend faire respecter par son gendre et obligé la volonté du Roi.
- les manœuvres de Broglie qui soutient une politique interventionniste aux Amériques et incite à l'opération conjointe Kalb/ La Fayette, en contradiction apparente avec les instructions du monarque dont il est un ministre.
- l'enthousiasme de La Fayette et de Kalb pour l'aventure américaine, qui fait planer sur le jeune marquis une menace d'incarcération par lettre de cachet ( d'où le départ retardé avec embarquement au Portugal).
C'est l'opposition traditionnelle entre la haute politique et, on peut le penser, la manipulation machiavélique de deux personnages par le roi et son entourage pour soutenir les insurgés américains tout en excipant de sa bonne foi ( Moi Louis XVI, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour les retenir, mais je ne peux rien contre l'audace de ces jeunes gens)
Peut-être mon analyse est elle un peu audacieuse aussi mais je sens comme un flou dans l'attitude ambigüe du duc d'Ayen, beau-père de LF, qui agit comme son tuteur, et qui est en même temps un proche de Louis XVI; très soucieux de faire respecter la politique de son souverain, mais qui affiche son refus de laisser partir son gendre aux colonies et se laisse pourtant prendre la main par lui.
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Initialement publiée en 1966, AE Zucker présente la première biographie moderne du général de Kalb, Allemand de naissance, major-général de l'armée continentale et mort à la bataille de Camden pendant la guerre d'Indépendance américaine. S'appuyant sur des documents inédits, la biographie de Zucker remet en question les conceptions antérieures de de Kalb et décrit sa relation avec Lafayette.
Photo du portrait du général de Kalb
en uniforme de major général
de l'armée des Etats-Unis
dans l'article publiée dans la revue historique
des armées N° 1 de 1986
Mai 2025, préparation aux Etats-Unis d'Amérique
de l'année 2026 qui marquera le 250ème anniversaire
de la Déclaration d'indépendance
des Etats-Unis d'Amérique.
Son épouse Emilie d'origine flamande, famille van Robais, manufacturier en draps en Hollande, vint s'établir à Abbeville en 1665 sur la demande de Colbert pour relancer l'industrie dra-pière de luxe en créant la manufacture royale Van Robais, dite des Rames à Abbeville.
construite par Abraham van Robais entre 1752 et 1754.
La dure réalité de la Révolution pour le fils du Baron Jean de Kalb sous la terreur :
Frédéric de Kalb (1765-1793), incarne la dure réalité de la Révolution française pour une partie de la noblesse. Officier au régiment de Salm-Salm, il fut guillotiné sous la Terreur le 21 brumaire an II (11 novembre 1793), non pas pour des actions politiques majeures, mais en raison d'un concours de circonstances malheureuses et de la violence des conflits locaux.
Sans argent durant la Révolution, Frédéric de Kalb fut contraint de retourner à Milon-la-Chapelle pour tenter de recouvrer un loyer dû par son métayer du moulin Tournay. C'est ce simple acte, motivé par des difficultés personnelles, qui lui fut fatal. Dénoncé par ce même métayer, il fut confondu : son uniforme noir fut pris pour la tenue d'un prêtre réfractaire, une catégorie de personnes activement pourchassées et considérées comme des ennemis de la Révolution.
Cette dénonciation souligne la nature arbitraire et souvent opportuniste des accusations durant la Terreur. Des situations personnelles, des querelles d'intérêts ou de simples malentendus pouvaient transformer un individu en "ennemi du peuple", menant directement à la guillotine. L'histoire de Frédéric de Kalb est un poignant rappel des tragédies humaines individuelles, souvent dues à des concours de circonstances, qui se sont déroulées pendant cette période sombre de l'histoire de France.
La fragilité de la situation des "privilégiés" : Même un retour pour des affaires personnelles, sans intention politique affichée, pouvait se transformer en piège mortel pour un noble ou un ancien officier, surtout s'il n'avait plus les moyens de se défendre ou de se cacher. La pénurie d'argent l'a forcé à se manifester, ce qui a été fatal.
La puissance du métayer : La dénonciation par un métayer (souvent une personne de condition plus modeste) envers son propriétaire illustre les renversements sociaux de la Révolution, où le pouvoir passait des mains des propriétaires et des seigneurs à celles du peuple, qui pouvait user de cette nouvelle influence pour régler d'anciens comptes ou par conviction révolutionnaire.
Cette histoire de Frédéric de Kalb est un cas d'étude poignant qui illustre parfaitement la complexité, la violence et les aspects souvent imprévisibles de la Révolution française et de la Terreur en particulier.
Situation Personnelle et Financière
Ennuis d'Argent : Les documents d'archives indiquent que les ennuis d'argent ont régulièrement ponctué sa vie de garnison. Ce point est crucial, car il est directement lié aux circonstances tragiques de sa mort. C'est le manque de fonds qui l'a poussé à se rendre à Milon-la-Chapelle pour réclamer un loyer à son métayer, conduisant à sa dénonciation.
Perte Familiale : Sa mère, Anna Elizabeth Émilie van Robais, est décédée en 1785, alors que Frédéric n'avait que 20 ans.
En résumé, la période entre 18 et 28 ans de Frédéric de Kalb est celle d'un jeune officier servant dans un régiment étranger au service de la France, luttant contre les difficultés financières qui, ironiquement, allaient le précipiter vers son destin funeste au début de la Terreur en 1793.
C'est une ironie tragique et profondément triste que le fils du Baron Jean de Kalb, un homme qui s'est distingué en combattant pour les libertés et l'indépendance des États-Unis, ait péri sous la Révolution française, au nom d'une liberté qui s'est retournée contre ses propres citoyens.
Le Général de Kalb a donné sa vie pour les idéaux de liberté outre-Atlantique, et son fils, Frédéric, a perdu la sienne dans un contexte où la liberté en France était devenue dévoyée, transformée en un outil de terreur et de suspicion. Ce contraste est saisissant : le père, héros d'une cause noble et universelle, le fils, victime d'un système qui a broyé les individus sur la base de malentendus, de peurs, et d'accusations opportunistes.
Cela met en lumière la complexité et les paradoxes de la Révolution française, qui, tout en proclamant les droits de l'homme et du citoyen, a sombré dans une violence où des vies innocentes, même celles liées à des figures emblématiques de la liberté, ont été fauchées. C'est une page d'histoire qui rappelle que les grandes idéologies peuvent parfois déraper de manière effroyable, avec des conséquences déchirantes pour les individus.
Un Séquoia tombé dans l'oubli, visible du chemin situé en bas du parc de la Fondation Anne de Gaulle du château de Vertcoeur, un des jeunes arbres du continent américain que le Baron Jean de Kalb avait fait envoyer à son épouse pour leur domaine.