Le baron de Kalb, un Milonais, héros de l’indépendance américaine : histoire, monuments et héritage aux Etats-Unis.
Publié le
par l'aavre
La publication, en 2013, par Michel Charondans La Mémoire de Chevreuse ouvre la voie à plusieurs publications de l’AAVRE consacrées à notre Milonais, héros de l’indépendance des États-Unis d’Amérique.
Trois articles de Michel Charon en constituent le point de départ : l’un publié dans Mémoire de Chevreuse en 2013, les deux autres dans Toutes les Nouvelles en 2014 et 2015.
Le baron Jean de Kalb,
héros de l’indépendance américaine
Mémoire de Chevreuse, 2013
"Le naufrage du baron de Kalb dans la baie de New York"
Image générée avec l'aide de l’intelligence artificielle
Extrait de Mémoire de Chevreuse, 2013
Parti discrètement d’Angleterre en octobre 1767 à bord de L’Hercule,
Jean de Kalb atteint l’Amérique le 16 janvier 1768, après treize semaines
de traversée.
Son arrivée n’est guère plus calme : au cours d’un naufrage dans la baie
de New York, presque tous ses compagnons d'infortune succombent à la
gangrène provoquée par de terribles engelures (d'après la revue
Bernard Vincent, « Lafayette et la guerre d’Indépendance », Sources, no 16, printemps 2004, p. 10.
De Kalb était déjà un officier reconnu et décoré
en France avant l'Amérique
Le National Park Service conserve le portrait de Jean de Kalb
peint par Charles Willson Peale en 1781-1782
Sur son uniforme, Jean de Kalb porte la croix du Mérite militaire, distinction créée par Louis XV en 1759 pour récompenser notamment les officiers protestants étrangers servant dans les armées françaises. Il avait été fait chevalieren 1762, à l'issue de la guerre de Sept Ans.
Avant même de devenir un héros de la guerre d'Indépendance américaine, de Kalb avait déjà été distingué par la monarchie française pour ses services militaires.
À Valley Forge, de Kalb,
représenté ici à gauche de Washington,
partage les épreuves de l’armée américaine
Aux États-Unis, plusieurs monumentshonorent
la mémoire du baron de Kalb
La statue monumentale d’Annapolis dans le Maryland
Cette statue en bronze se trouve devant le Maryland State House,
à Annapolis. Réalisée par le sculpteur Ephraim Keyser, elle a été
inaugurée en 1886. De Kalb y est représenté en uniforme, dans une attitude de commandement, l’épée levée pour entraîner ses soldats.
Le buste du baron de Kalb à Decatur,
dans l'Etat de Georgie, chef-lieu du comté de DeKalb
Offert et restauré par la République fédérale d’Allemagne en 1985.
Il est installé auprès de l’ancien palais de justice du comté DeKalb.
(Old DeKalb County Courthouse)
La statue du baron de Kalb à Camden
Une statue contemporaine en bronze a été installée en 2021
devant le Revolutionary War Visitor Center de Camden.
De Kalb y apparaît debout, dans une attitude plus calme
que sur le monument d’Annapolis, tenant son épée à son côté.
Le buste du baron de Kalb à Camden.
Évocation de la transmission de la mémoire du baron de Kalb aux jeunes générations — image générée avec l’aide de l’intelligence artificielle.
La stèle du champ de bataille de Camden
Cette stèle de granit marque traditionnellement l’endroit où de Kalb aurait été mortellement blessé le 16 août 1780. Elle fut placée au début du XXᵉ siècle par les Daughters of the American Revolution. L’emplacement exact demeure cependant discuté par les historiens.
Aux États-Unis, c’est sous le nom de « Baron de Kalb », plus encore que sous son grade de major général, que sa mémoire s’est perpétuée.
Dans les papiers de George Washington, celui-ci adresse ses lettres sous
le nom de « BARON DE KALB » ; les ordres généraux de 1779 emploient
également cette appellation, alors même qu’il est major général.
Le monument funéraire du baron de Kalb à Camden
Caroline du Sud
Cet obélisque se trouve devant la Bethesda Presbyterian Church,
à Camden. Les restes de de Kalb furent transférés sous ce monument
en 1825.
La première pierre fut posée par La Fayette, lors de son voyage triomphal aux États-Unis. Le monument a été conçu par l’architecte Robert Mills.
Il porte notamment cette formule :
«Allemand de naissance, mais citoyen du monde par ses principes.»
En France, une plaque commémorative de 1980,
aujourd'hui presque effacée
À l'occasion du bicentenaire de sa mort, cette plaque commémorative, datée de 1980, fut installée sur le mur d'entrée du château de Milon-la-Chapelle.
Ici habita le Général Baron Jean de Kalb Brigadier des Armées du Roi de France Major Général de l'Armée Américaine Mort à la bataille de Camden, en Caroline du Sud, le 19 août 1780 Pour la cause de l'Indépendance Américaine.
Le baron de Kalb et la commémoration de 1980
Milon-la-Chapelle entretient un lien historique singulier avec la guerre d’Indépendance américaine à travers la figure du baron Jean de Kalb. Mortellement blessé à la bataille de Camden en 1780, il demeure étroitement associé à l’histoire locale. Une plaque commémorative apposée au château rappelle encore cet héritage.
Le 14 juin 1980, une importante cérémonie fut organisée à Milon-la-Chapelle à l’occasion du bicentenaire de sa mort. La journée comprenait un service œcuménique célébré dans la chapelle de Milon, le dévoilement d’une plaque au château, en présence notamment de l’attaché militaire de l’ambassade des États-Unis, du maire et de représentants de la famille, ainsi qu’une exposition et une réception au château.
Selon les informations recueillies, environ 176 descendants auraient participé à cette commémoration. La plaque commémorative aujourd’hui visible au château fut dévoilée à cette occasion.
La commémoration de 1980 reste un moment fort de la mémoire franco-américaine à l’échelle locale.
Aux États-Unis, la mémoire de Jean de Kalb demeure durablement inscrite dans la géographie : des comtés, des villes et des localités portent encore aujourd’hui son nom.
Six comtés américains
portent le nom de DeKalb County
Image générée avec l'aide de l'IA le 29.07.2026
De Kalb demeure méconnu en France alors que son nom
est inscrit durablement dans la géographie américaine.
De gauche à droite et de haut en bas : Georgia – Decatur ; Alabama – Fort Payne ; Indiana – Auburn ; Missouri – Maysville ; Tennessee – Smithville ; Illinois – Sycamore.
Un exemple particulièrement visible :
le comté de DeKalb, dans l’Illinois
DeKalb County Courthouse à Sycamore (Illinois) — Le comté, créé en 1837, fut nommé en l'honneur du major général Johann de Kalb, mortellement blessé à la bataille de Camden en 1780. Le palais de justice actuel fut construit en 1903-1905.
Le nom de De Kalb s’inscrit également depuis longtemps dans la cartographie américaine.
Carte ancienne du comté de DeKalb, Illinois.
Cet hommage ne se limite pas à la géographie américaine.
Des navires américains
ont également porté le nom de de Kalb
L’USS Baron DeKalb,
cuirassé de l’Union pendant la guerre de Sécession
L’USS Baron de Kalb, canonnière fluviale cuirassée de l’Union, fût lancé en 1861 sous le nom d’USS St. Louis, puis rebaptisé en 1862 en hommage au général de Kalb.
transport de troupes américain pendant la Première Guerre mondiale
Construit à Stettin en 1904 sous le nom de Prinz Eitel Friedrich, il fut d'abord croiseur auxiliaire allemand pendant sept mois en 1914, avant d'être saisi par les États-Unis en 1917, converti et rebaptisé DeKalb. De juin 1917 à novembre 1918, il effectua onze traversées transatlantiques, transportant plus de onze mille soldats américains vers l'Europe. Après l'Armistice, il participa au retour des troupes avant d’être désarmé en septembre 1919 et transféré à l’U.S. Shipping Board.
L'USS DeKalb County,
navire de débarquement de chars pendant la Seconde Guerre mondiale
Construit en 1944 sous la désignation LST-715, il servit pendant la Seconde Guerre mondiale puis pendant la guerre de Corée. Le 1er juillet 1955, il reçut officiellement le nom USS DeKalb County ; il devint ensuite USNS DeKalb County et resta en service jusqu'en 1973.
Plus de deux siècles après sa mort, le nom de De Kalb reste également présent dans le paysage quotidien américain.
De Kalb,
un nom toujours présent à New York
Cette présence durable aux États-Unis contraste avec la place beaucoup plus discrète accordée à de Kalb en France.
En France,
une mémoire restée dans l’ombre de La Fayette
Plus âgé et plus expérimenté que La Fayette, de Kalb rejoint comme lui la cause américaine en 1777 et sert dans l’armée continentale. Mortellement blessé à Camden en 1780, il ne connaîtra ni la victoire finale des insurgés ni la renommée durable dont bénéficiera La Fayette.
La Fayette, qui survit à la guerre et participe à la victoire de Yorktown, acquiert une renommée durable en France comme aux États-Unis. De Kalb, mort dès 1780, demeure moins présent dans la mémoire collective française, malgré les nombreux lieux américains qui portent son nom.
La Fayette de Jean Dréville :
de Kalb relégué au second plan
Le film La Fayette, réalisé par Jean Dréville et sorti en 1962, est une vaste fresque historique centrée avant tout sur la figure de La Fayette. Il magnifie son engagement dans la guerre d’indépendance américaine, tandis que le général de Kalb, interprété par Wolfgang Preiss, n’apparaît que dans quelques scènes et demeure cantonné à un rôle secondaire.
Dans le film, La Fayette et le général de Kalb rejoignent l’armée de George Washington.
Dans cette scène, les deux hommes se présentent au camp de Washington. Celui-ci s’adresse d’abord à de Kalb, qu’il prend pour La Fayette. De Kalb corrige aussitôt la méprise et lui désigne le jeune marquis.
Cette confusion, utilisée comme un ressort comique, souligne la différence d’âge entre les deux hommes : de Kalb avait près de 56 ans, tandis que La Fayette n’en avait que 19.
De Kalb, au centre, et La Fayette, à droite de l'image,
arrivent au camp de Washington.
Washington accueille de Kalb, qu’il prend d’abord pour La Fayette.
De Kalb corrige la méprise et présente le jeune La Fayette à Washington, qui s’étonne de son jeune âge.
Repérage des extraits du film et vérification des éléments historiques réalisés avec l’aide de l’IA le 27 juillet 2026.
Une représentation qui minimise le rôle propre de
de Kalb.
Au début de leur aventure américaine, le jeune La Fayette bénéficia de l’expérience, des conseils et de l’accompagnement de de Kalb, officier chevronné de trente-six ans son aîné.
Dans l’une des scènes du film, La Fayette demande pour son compagnon une « seconde épaulette », autrement dit le grade de major général. Cinématographiquement, cet épisode met en valeur la générosité et l’influence du jeune marquis. Historiquement, il donne toutefois de Kalb à voir dans une position de dépendance qui ne correspond guère à la réalité de leur relation.
De Kalb n’était nullement un officier débutant protégé par La Fayette :
il avait près de 56 ans, contre 19 ans pour La Fayette ;
il possédait plus de trente années d’expérience militaire ;
il avait combattu pendant la guerre de Sept Ans ;
il avait déjà effectué, en 1768, une mission secrète d’observation dans les colonies américaines ;
il avait négocié son engagement comme major général avant son départ pour l’Amérique.
Une inversion de la relation réelle
À l’écran, de Kalb apparaît comme un compagnon âgé auquel La Fayette vient en aide. Dans la réalité, il fut d’abord l’officier expérimenté qui conseilla et accompagna les premiers pas du très jeune La Fayette.
La Fayette disposait certes de son nom, de sa fortune, de ses relations et d’une remarquable capacité à se mettre en valeur. Il obtint rapidement une proximité exceptionnelle avec George Washington. Mais, au moment de leur départ de France, l’expérience militaire, la connaissance de l’Amérique et la maturité appartenaient incontestablement à de Kalb.
Le film efface également la carrière militaire autonome de ce dernier. De Kalb commanda une division à Valley Forge, reçut ensuite un commandement dans l’armée du Sud et mourut en 1780 des blessures reçues à la bataille de Camden. Il ne fut donc pas seulement « l’accompagnateur de La Fayette », mais un général de l’armée continentale ayant suivi sa propre trajectoire.
À Milon-la-Chapelle,
le seul séquoia milonais
tombe dans l'oubli
Visible autrefois depuis le chemin reliant le village de Milon au hameau de La Lorioterie, ce séquoia se dressait dans la partie basse du parc de la Fondation Anne-de-Gaulle, au château de Vertcœur.
En raison de son âge, il était l’un des jeunes plants américains que Jean de Kalb avait envoyés à son épouse pour leur domaine.
Cet arbre remarquable, non classé au PLU, a été abattu en juin 2020.
En France, à Milon-la-Chapelle,
une mémoire également gravée dans la pierre.
Pour conclure ce parcours de mémoire à Milon-la-Chapelle,
la plaque commémorative apposée en 1980 sur le mur d’enceinte du château rappelle que le souvenir de Jean de Kalb y était déjà officiellement honoré depuis plusieurs décennies.
Une deuxième plaque commémorative sera apposée le 12 septembre 2026 sur le mur de la mairie de Milon-la-Chapelle.
Article publié initialement en mars 2018, complété
en juillet et septembre 2026 avec l’aide de ChatGPT