Comment l’État a-t-il pu laisser, à Saint-Lambert, se dégrader un site doublement classé, placé en covisibilité avec deux Monuments historiques ?

Publié le par aavre

Un site doublement classé.
Deux Monuments historiques.
Et pourtant… une protection défaillante.
Responsabilité de l’ABF et de l’Inspection des Sites depuis des décennies
 
Site classé du Fond Bireau 
Arrêté du 18 novembre 1954 
 
Le classement du Fond Bireau avait pour objet explicite la préservation du cône de vue historique reliant l’église, le cimetière ancien (Carré de Port-Royal) et le vallon, dans un paysage ouvert caractérisé par la profondeur des perspectives, la lumière et la simplicité de la composition paysagère.
 
Un extrait de notre blog ↗, reproduit ci-dessous, illustrant
l’objectif initial de protection du site classé du Fond Bireau.
 
      La carte postale ancienne illustre sans ambiguïté l’intention
      du classement: 
          Garantir la lisibilité du monument dans son site,
          protéger les perspectives lointaines et empêcher
          toute obstruction durable du champ de visibilité.
        Un paysage ouvert historiquement structurant
        Depuis la rue de Port-Royal, le paysage se caractérisait par 
        une grande ouverture visuelle, dont la qualité esthétique
        reposait sur l’étendue des vues, la lumière et la simplicité
        de la composition paysagère.
 
Une saisine officielle de l’Inspection des Sites
 
Le 6 décembre 2025, l’AAVRE a saisi officiellement la Directrice de l’Inspection des Sites pour demander un réexamen complet du permis de construire délivré en 2019 dans le site classé du Fond Bireau.
 
Un site à protection exceptionnelle
 
Le site concerné cumule plusieurs niveaux de protection :
  • site classé du Fond Bireau (arrêté du 18 novembre 1954),
  • second site classé la Vallée du Rhodon (1982),
  • covisibilité directe avec:
  • le "Carré de Port-Royal ↗" (Monument historique classé en 1926 )
  • l’église de Saint-Lambert (Monument historique inscrit en 1926)
  • Situation dans le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse (depuis 1985)
L’objectif initial du classement : un cône de vue protégé
 
Le classement de 1954 visait explicitement à préserver le cône de vue historique reliant l’église, l’ancien cimetière et le vallon, dans un paysage ouvert caractérisé par la profondeur des perspectives et la lisibilité du monument.
 
n’a fait l’objet d’aucun des contrôles légalement requis pour assurer la protection effective des sites classés et des Monuments historiques.
 
Un permis de construire délivré en contradiction avec ces protections
 
Un permis de construire du 25 avril 2019 a autorisé :
  • l’extension d’une habitation construite dans les années 1970,
  • dans le périmètre du site classé du Fond Bireau.
Les travaux ont débuté fin 2022 et seraient toujours en cours, avec le dépôt d’un permis modificatif en mai 2025.
 
Photos du 01.02.2025 de la réalisation du PC 2019
Vue depuis "le chemin de la Messe", la réalisation (PC 2019 sur le Fond Bireau - travaux débutés fin 2022 et seraient toujours en cours avec un PCM 2025) . A droite, dans le contour jaune, une faible partie de l’église apparaît encore... témoignant de la covisibilité directe avec le Monument historique.
 
Vue depuis l'entrée du Cimetière (MH classé) et de l'Eglise (MH inscrit)
 
    Cette situation est incompréhensible — et inacceptable.
 
    Les deux photos révèlent l’ampleur de l’atteinte portée
    au site classé : d’un côté une façade vitrée, de l’autre
    une façade béton surmontée d’un toit-terrasse culminant
    à plus de 6 m — en contradiction manifeste avec les règles
    de hauteur issues du PLU 2018/2023 (4 m), et, pour mémoire 
    le POS 2007 interdisait les toits-terrasses et
    les fenêtres plus larges que hautes (?).

    Cette extension referme le cône de visibilité pourtant
    protégé depuis 1954 par un classement national.
 
 
Pourquoi une telle démarche ?
 
a) Des obligations légales ignorées ou introuvables
 
À ce jour :
  • l’avis obligatoire de l’Architecte des Bâtiments de France "n’a jamais été communiqué malgré nos demandes",
  • des travaux ont été réalisés sans autorisation spéciale en site classé,
  • le cône de vue protégé par le classement de 1954 est presque entièrement obstrué,
  • l’avis de l’État du 16 octobre 2025 ne tient aucun compte de ces irrégularités,
  • et plusieurs courriers officiels adressés aux services de l’État sont restés sans réponse.
Pour un site doublement classé et placé en covisibilité directe avec deux Monuments historiques, dont l’un classé dès 1926, cette accumulation interroge gravement l’efficacité – ou la volonté – des services chargés de veiller à la préservation du patrimoine, en appliquant les lois qu’ils ont précisément pour mission de faire respecter.
 
b) Ce que l’AAVRE exige de l’Inspection des Sites
 
Nous demandons :
  • le réexamen intégral du permis de 2019 ;
  • la suspension immédiate de l’avis rendu le 16 octobre 2025;
  • la confirmation, ou non, de l’existence de l’avis ABF de 2018, jamais communiqué ;
  • un contrôle sur site (haies illégales, terrassements irréguliers, impact paysager réel) ;
  • la saisine du Préfet, de la DRAC et de la DDT.
Télécharger ci-dessous notre courrier du 6 décembre :
c) Un enjeu qui dépasse Saint-Lambert
 
La question désormais posée est simple et grave :
Comment l’État a-t-il pu laisser se dégrader un site doublement classé placé en covisibilité avec deux Monuments historiques, alors que sa mission est précisément d’en assurer la protection ?
 
d) Conclusion
 
L’AAVRE considère que le patrimoine n’est pas négociable.
 

Nous poursuivrons notre action tant que:

  • la lumière ne sera pas faite sur l’instruction de ce dossier
  • que la protection du site classé ne sera pas pleinement rétablie, et 
  • que le PLU 2018/2024, inadapté aux sites classés, ne sera pas révisé afin d’assurer une protection réelle des Monuments historiques et des sites classés, et non un PLU établi sur mesure pour permettre une telle réalisation, voir notre Note d'informations 28 ↗ .
 
Face à l’incapacité des services de l’État à garantir la protection des sites classés et des Monuments historiques, la vigilance collective devient aujourd’hui indispensable.
 
Nous publierons la réponse de la Direction de l’Inspection des Sites dès qu’elle nous sera communiquée.

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